La fin du monde est à 7 heures

Hier matin, la Une du journal Le Devoir m’a vraiment déprimée. Non mais quels gouvernements pourris nous avons! Le très Canadian Harper songe, à toutes fins pratiques, à abolir la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (LCEE), puisqu’il souhaite enlever l’obligation des promoteurs d’examiner la valeur comparative des alternatives moins polluantes à un projet donné. Dans un autre ordre d’idées tout aussi fédératif, le ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, se résigne à construire au Québec, avec l’argent des Québécois, les prisons exigées par l’adoption à Ottawa du projet de loi C-10; il avait promis de ne pas payer, il avait promis de s’opposer (mais avec quel rapport de force?), il promet maintenant de protéger les adolescents de ce projet de loi qui vise la punition plutôt que la réhabilitation — mais avec quel rapport de force?, pouvons-nous demander derechef. Le Plan Nord ne serait pas rentable et le gouvernement Charest fait aussi la sourde oreille dans le dossier des frais de scolarité. Franchement, c’est déprimant. À Québec comme à Ottawa, nos élus nous ignorent.

Quand je lis les journaux, et surtout quand j’écoute les nouvelles du soir, je me dis que « la fin du monde est à 7 heures », juste après le toujours captivant bulletin des sports. Le monde meure un peu plus chaque soir, à l’heure où les Québécois éteignent le poste de télévision et oublient les horreurs qu’on leur rapporte et dont ils sont les principales victimes!, ou alors qu’ils entrent dans l’intimité des Académiciens pour « se divertir » et mieux oublier. La fin du monde est bien plus chaque jour, quand on se vautre dans le confort de la consommation et de la satisfaction immédiate plutôt que d’envisager que nous avons une responsabilité aussi individuelle que collective, au présent et face à l’avenir…

Qui a dit que l’opium du peuple, en 2010, n’était plus la religion, mais la publicité? J’adhère!

Quoi de mieux pour calmer l’indignation que la promesse d’une vie meilleure qui arrivera par l’achat — à crédit — d’une nouvelle voiture ou d’un nouveau iPhone? Quoi de mieux pour endormir la frustration qu’une brochette de beaux jeunes hommes et de belles jeunes femmes qui combattent l’un contre l’autre afin d’être sacré future star de l’Empire Québécor et qui amadouent leurs concitoyens en racontant la touchante histoire de leur vie à la télé afin qu’on s’y identifie?

Peut-être que je dramatise. Ce sera la faute de Chéri, qui a laissé traîner dans un onglet du navigateur Internet le pilote (inédit!) de La fin du monde est à 7 heures. Ce sera aussi la faute de mon hamster qui coure vite aujourd’hui et qui fait des liens peut-être saugrenus entre une vidéo YouTube, la Une du journal et ce sentiment permanent d’indignation qui m’habite. Mais… serait-ce bien davantage la faute de cette amnésie collective, qui me frustre? Car après trop d’années de Jean Charest à Québec et de Stephen Harper à Ottawa, force est de constater que nous avons la mémoire courte et la capacité de concentration d’un chat. La prochaine fois, nous souviendrons-nous?

Peut-être que j’exagère. Si Marc Labrèche et sa joyeuse bande de fous nous ont appris quelque chose, c’est que la fin du monde est à 7 heures et que l’exagération, qui a des vertus dénonciatrices, peut aussi détendre l’atmosphère. Vous vous souvenez?

Écoutez jusqu’à la fin, le segment avec le futur ministre Pierre Arcand est particulièrement… [insérer le qualificatif de votre choix].

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