Les gens VS #lesgens

Comme je vous l’ai déjà dit, je célébrais mon anniversaire il y a près d’un mois. (Promis, c’est la dernière fois que j’y fais référence cette année!) Dans les circonstances, le rite n’a pas été trop difficile. La quantité impressionnante de messages reçus et la décharge d’amour qu’ils contenaient m’ont aidée à me frayer un passage à travers cette 36e édition. Les nombreux appels téléphoniques m’ont particulièrement touchée; que voulez-vous, je suis old school à l’os. Je n’ai pas encore pris le temps ni eu la force de tous les retourner, mais ce sera sans conteste fait sous peu. Parce qu’il n’y a rien de plus important que les humains qui nous entourent, et a fortiori ceux qu’on aime: on nous le répète depuis la plus tendre enfance; je le dis moi-même sans cesse et même à mes enfants; je n’avais toutefois pas saisi toute l’ampleur et la profondeur de ce dicton auparavant. Lire la suite

Une berceuse (3) : Pour un instant

Les souvenirs Facebook m’ont gentiment rappelé un des plus beaux jours de ma vie cette semaine : ma rencontre avec Serge Fiori, à l’occasion d’une séance de dédicaces de sa biographie « Serge Fiori : S’enlever du chemin » par Louise Thériault. Je me suis évidemment fait plaisir en rejouant tous les albums, profitant particulièrement du son magnétique et de la jouissance auditive hypnotisante de l’écoute des disques vinyle. J’ai aussi rejoué la rencontre dans mon esprit : comment oublier que, ô combien intimidée par le géant, mon cœur battant la chamade m’a fait débouler sur mes mots; comment, ô combien gênée face à un pilier de mon identité et de celle de mon peuple, je me suis mal exprimée alors que j’avais tant répété ce que je voulais partager…

Harmonium a bercé mon enfance et façonné mon adolescence, construisant l’adulte que je suis devenue. Le message, sa portée, sa spiritualité, sa profondeur; la musique, en paliers, en itérations, en vagues riches à la fois douces et puissantes; la langue, la magie des mots qui se déploient en images et dansent en jeux de langage; l’expérience transcendante grâce à laquelle l’esprit s’élève au-delà de la cinquième saison et du septième ciel, le mantra libérateur qui vibre au son du om universel; l’histoire, les histoires, le tournant historique et son contexte politique : tout est parfait dans cette œuvre. Tout. Parfait, absolu, achevé, complet. Et puis cette voix; si le cristal pouvait chanter, c’est la robe de bal qu’il revêtirait, blanche comme l’éternité. Pour vivre un grand moment de paix intérieure, à la fois bouleversant et apaisant, enfilez un casque d’écoute, asseyez-vous confortablement, montez le volume puis fermez les yeux pour vous laisser transporter par la voix de Fiori sur Lumière de vie ou Comme un sage, pure et vraie.

Au premier jet, j’avais écrit « et fermez les yeux pour vous laisser bercer par la voix de Fiori », comme elle a bercé mon enfance, comme la chanson berce mon fils par l’entremise de ma voix chaque soir. En fait, les deux verbes s’appliquent; les deux émotions si proches se chevauchent, se complètent, se fondent l’une dans l’autre pour n’en former plus qu’une : le bien-être. Celui qu’on ressent et celui qu’on souhaite offrir, cherchant toujours à le préserver et à le faire grandir. De la même manière, la musique et les paroles d’Harmonium touchent au plus profond de nous, individus et collectivité, une corde sensible et intégrale : notre humanité.

C’est spontanément que je me suis mise à chanter Pour un instant à mon PetitRenard à l’aube de sa première année, par une nuit noire de pleurs inconsolables. La chanson est montée de mes tripes, a émergé d’elle-même du plus profond de moi-même, comme s’il était écrit que cet instant se produirait, comme si toute ma vie m’y avait conduit. En l’espace de quelques secondes, l’enfant s’est apaisé.  J’offrais à ma progéniture un instant de paix qui m’envahissait aussi. Surprise et émue, fière mais humble, la mère a pleuré sans retenue, serrant contre elle le fruit de ses entrailles, pour un instant.

Il n’a cessé de réclamer Pour un instant depuis, se délectant chaque fois d’un secret partagé avec sa mère le temps d’une chanson, pour déposer son corps et son esprit dans son lit en préparation de la léthargie. Et puis le soir où, lové contre moi dans la chaise berçante, sans avertissement, le PetitRenard a entonné la berceuse avec moi; le jour où il m’a hurlé de monter le son en reconnaissant à la radio les premières notes de cri de liberté; la fois où j’ai dû rebrousser chemin pour aller chercher le CD à la maison avant un road trip pour faire cesser les cris de protestation.

Comme l’ensemble de l’œuvre d’Harmonium (et plus généralement de Fiori) qui voyage sur une longueur d’onde singulière et inimitable, Pour un instant est une méditation, un message politique, une philosophie de vie; une ode à l’acceptation de soi. L’aviez-vous déjà perçue comme ça? J’aime l’idée que les enfants en saisiront tous les sens à différentes étapes de leurs vies. Alors voici, une berceuse pour le cœur, une berceuse pour l’esprit, un objectif de vie.

Pour un instant

paroles de Serge Fiori, Michel Normandeau
musique de Michel Normandeau

Pour un instant, j’ai oublié mon nom
Ça m’a permis enfin d’écrire cette chanson

Pour un instant, j’ai retourné mon miroir
Ça m’a permis enfin de mieux me voir

Sans m’arrêter, j’ai foncé dans le noir
Pris comme un loup qui n’a plus d’espoir

J’ai perdu mon temps à gagner du temps
J’ai besoin de me trouver une histoire à me conter

Pour un instant, j’ai respiré très fort
Ça m’a permis de visiter mon corps

Des inconnus vivent en roi chez moi
Moi qui avais accepté leurs lois

J’ai perdu mon temps à gagner du temps
J’ai besoin de me trouver une histoire à me conter

Pour un instant, j’ai oublié mon nom
Ça m’a permis enfin d’écrire cette chanson

 

Pour les curieux, voyez ce sourire de fan finie complètement comblée!

 

 

Source de l’image : Briony Marshall, sculpteure

Tout un tabac

J’ai récemment célébré mon anniversaire. Cet écueil m’a fait penser à toi et à l’anniversaire de notre relation. De fil en aiguille, j’ai beaucoup réfléchi. Je t’écris cette lettre parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour te dire ce que j’ai à te dire. C’est très important. Tu t’assieds?

Nous sommes ensemble depuis 20 ans déjà, t’en étais-tu rendu compte? Depuis deux décennies, tu es à mes côtés pour partager mes joies et m’épauler dans les épreuves. C’est plus de la moitié de ma vie! Tu m’as accompagnée dans toutes mes plus grandes décisions et aventures: quitter ma Montréal natale pour réaliser mes études universitaires à Sherbrooke et m’installer dans mon premier appartement, voyager au bout de monde, faire le saut en politique puis prendre la décision d’en sortir, acheter ma première maison, accueillir mes deux magnifiques garçons dans ce monde, le PetitRenard puis le BébéTigre, et alouette! Tu m’as soutenue à travers les ruptures et les séparations, les décès, les blessures et les remises en question, et j’en passe. Lire la suite

L’épuisement professionnel, ou se sentir cassée en mille morceaux

À compter de demain, je n’aurai plus de cellulaire, plus du tout. On pourra me joindre par tous les autres moyens technologiques de l’heure, incluant le téléphone fixe à la maison. Exit les textos et les réponses instantanées!

De deux choses l’une : oui, j’ai encore un téléphone fixe à la maison. Ensuite, la réponse à la question qui vous chicote : je n’ai pas changé de travail. Je suis en arrêt de travail pour épuisement professionnel. Ma tâche principale et essentielle en ce moment est de prendre soin de moi.

Ah! Ça fait du bien de le dire! Ça fait déjà un mois que je suis à la maison, et l’horizon de mon retour au travail n’est en ce moment qu’un vague concept. Je rends donc l’appareil associé à la fonction, le temps de recharger mes propres batteries et de recoller les morceaux de mon petit coeur et de mon esprit. Il y a trois semaines, je n’aurais jamais pu envisager d’écrire, encore moins de publier, ceci. Une chose est constance chez moi toutefois : je continue de m’assumer. J’ai encore honte de m’être rendue si bas, de n’avoir pas pu prévenir cela, mais je n’ai pas honte de dire que ça m’est arrivé.

Je préfère de loin l’expression « épuisement professionnel » en français à son équivalent anglais « burnout »; je trouve que ça rend davantage justice à la réalité du phénomène. Le très inadéquat diagnostic de « trouble d’adaptation » reconnu médicalement par l’Organisation mondiale de la santé donne l’impression que la victime est la seule responsable de son sort alors qu’il est admis que les causes environnementales sont aussi au coeur des causes de ce grand mal du 21e siècle.

Je suis extrêmement chanceuse d’être aussi bien entourée. D’être relativement bien connectée sur mes émotions. D’avoir appris à poser mes limites, même si cette fois-ci je les ai clairement dépassées. Parce que grâce à tout ça, j’ai peut-être frôlé la dépression, mais j’ai su voir tous les drapeaux rouges levés sur mon chemin pour éviter de me confronter à cet ardu dessein.

Il y a des journées horribles, où je reste roulée en boule dans le fond de mon lit. Il y a des meilleures journées, où je réussis à prendre plaisir à cuisiner, à marcher, à m’occuper de mes enfants toute seule. Entre les deux, il y a le difficile laisser-aller, la culpabilité de me sentir un fardeau pour mon mari et mes proches, le défi de paraître tenir le coup pour mes enfants. Au quotidien, il y a la confiance minée, la compétence remise en doute, l’incapacité à envisager l’avenir et même à profiter de ce premier véritable temps d’arrêt depuis mon entrée sur le marché du travail voilà 20 ans ; il y a aussi la peur de l’inconnu, la peur d’être jugée, les convictions profondes ébranlées, la connaissance de soi questionnée.

Il n’y a pas de place pour la pitié ici. La compassion, l’empathie et le respect sont les sentiments que je cherche à nourrir moi-même et envers moi-même. Si je suis encore prise dans le tourbillon de la situation et que je me sens encore dépassée, je ne peux qu’avoir confiance qu’il s’agisse d’une bénédiction déguisée. Si je ne vois pas de lumière au bout du tunnel, je sais que cette noirceur ne sera pas éternelle. En fait, très honnêtement, je suis brisée – les jambes sciées, le coeur émietté, l’esprit explosé. J’ai besoin de temps pour me réparer et recoller tous mes morceaux, pour me retrouver. Je vais commencer par laisser tomber toute cette poussière d’éclats de moi, puis m’y retrouver. Et me relever. Le reste viendra en temps et lieu.

Je vous laisse avec une lecture fort éclairante au sujet de l’épuisement professionnel et cette définition élaborée en 1985, par Freudenberger et North :

« [L’épuisement professionnel] est un affaiblissement et une usure de l’énergie vitale provoqués par des exigences excessives qu’on s’impose ou qui sont imposées de l’extérieur: famille, travail, amis, relation amoureuse, système de valeurs ou société, qui minent nos forces, nos mécanismes de défense et nos ressources. C’est un état émotif qui s’accompagne d’une surcharge de stress et en vient à influencer notre motivation, nos attitudes et notre comportement. »

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, plus de 25 % des travailleurs québécois subissent un haut niveau de stress chaque jour. Qui plus est, 40 % des réclamations pour incapacité au travail sont liées à un problème de santé mentale (source). Enfin, j’ai été surprise de découvrir la quantité de textes sur le sujet, au hasard de recherches, sur le Huffington Post. Ça vaut le détour.

Peace out. Pis toutte.

 

(Source de l’image: Technologia.fr)

Quand serre le cancer 

Hier soir, comme tous les soirs, comme la routine du dodo, avachie dans mon lit, je déroule Facebook pour conclure la journée. Quelles actualités m’étaient passées sous le nez? Quelles nouvelles de potes ou de connaissances éloignées étaient susceptibles de me faire réagir? On ne s’attend à rien, on fait le tour par habitude, par réflexe, avec apathie presque. Puis ça fesse: il est mort. Je suis bouleversée.

Pourtant, je n’étais même pas vraiment proche de lui. Je côtoie bien encore quelques-uns des gars du groupe, mais sans plus, vraiment. Je ne savais même pas qu’il luttait contre le cancer.

Pourtant, ce matin encore, je ne retiens pas mes larmes. Pis encore, je suis incontrôlable. Mon PetitRenard me demandait pourquoi je pleure. « Parce qu’un ami de maman est parti dans les étoiles. » Salut.
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Histoire d’un AVAC réussi – première partie

Comme j’ai la chance d’avoir vécu un AVAC réussi et parce que j’en demeure un peu troublée, j’ai choisi de vous en parler. C’est en partageant et en communiquant ses émotions qu’on grandit, non? J’ai surtout très hâte de lire vos réactions et témoignages, tous sexes confondus, expérimentés, érudits ou simplement curieux que vous êtes en la matière.

Note importante : ce billet comporte des scènes d’intimité féminine et des détails sans équivoque sur la fin d’une grossesse et l’accouchement. Âmes sensibles s’abstenir, tous sexes confondus. J’insiste: ceci n’est qu’un témoignage, pas une prise de position, puisque l’important est d’avoir un bébé et une maman en santé, pas de savoir par quel orifice ou par quels moyens le petit est sorti…

Commençons par la question qui vous brûle les lèvres : un quoi?! Un AVAC : accouchement vaginal après césarienne. L’acronyme est presque poétique par opposition à la force de l’image mentale de la description, vous ne trouvez pas? La fierté de l’avoir réussi, par rapport à un accouchement vaginal «normal», relève de la pression du système exercé sur la mère et des risques naturels d’une telle procédure. En effet, d’un côté, l’accouchement naturel apparaît pour certaines comme un objectif en soi tandis que de l’autre, on sent une nette tendance à la césarienne planifiée pour les récidives en raison de la prévisibilité de l’accouchement et des risques de l’AVAC, dont la rupture utérine. J’y reviendrai.

Voici donc l’histoire d’un AVAC réussi par lequel BébéTigre est arrivé dans ce monde.

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Quatre ans

Mon PetitRenard a eu quatre ans la semaine passée! 4 ans…

48 mois.
208,7 semaines.
1461 jours.
35 064 heures, ou environ 1000 semaines de travail!
2 103 840 minutes.
126 230 400 secondes.

Ça dépasse l’entendement.

Depuis la moitié de sa vie, on ne compte presque plus son âge en mois – 24 mois. Et définitivement plus à compter de 36 mois. Dans notre cas, c’est allé avec la taille des vêtements et ça fait déjà longtemps qu’on porte des tailles en « ans ». Mais je ne serais pas prête à en arriver à 5 ans malgré cela! Chaque chose en son temps. (Ah, comme on y revient. Inlassablement.)

Pour le moment, le jalon que nous vivons m’émeut et me rend fière. Ce n’est pas seulement l’anniversaire de la naissance de notre PetitRenard; c’est aussi celui de ma parentalité et de celle de Chéri; c’est derechef celui de notre nouvelle vie ainsi que celui de la fondation de notre famille. C’est ça, la marque de l’aîné? Lire la suite