Une berceuse (4): Les chats sauvages

Du haut de ses deux ans et demi, mon BébéTigre (savait) déjà ce qu’il (voulait) dans plusieurs départements. La routine du coucher n’y fait pas exception. Quand « c’est maman qui couche », la séquence qu’il avait établie un peu plus d’un an auparavant demeurait alors inchangée : bain, crème et chatouilles, Salinex et mouche-bébé au besoin, PJ et chatouilles, brosser les dents, câlins et bisous à son grand frère et papa, retour dans la chambre pour choisir l’histoire, agripper Doudou et la bouteille d’eau, s’asseoir sur maman dans la berceuse pour la lecture, aller grimper dans son lit avec Doudou et la bouteille d’eau pour la berceuse après que j’aie éteint la lumière. Vous voyez le lien?

Ben oui, toi, une berceuse peut être une chaise à bascule ou une chanson. Les deux aident à apprivoiser le nouveau-né, le calmer et l’endormir; quant à moi, j’ai passé un temps fou assise là, à chantonner ceci et cela à mes enfants lovés dans mes bras, me refusant à déposer les petits paquets d’amour au lit après une séance d’allaitement nocturne ou entre deux poussées de fièvre. Lire la suite

Un matin comme les autres

On dit souvent qu’avoir des enfants, c’est du sport, mais on le dit rarement littéralement. Sauf que… c’est du sport en sivouplaît! L’entraînement quotidien est complet: physique, psychologique, émotionnel et affectif. Par exemple, la run du matin, un petit matin comme les autres, dure trois heures. 1, 2, 3, go! Lire la suite

L’art de vivre

Profiter de chaque instant et vivre pleinement n’est ni un défi ni un but. C’est une manière d’être guidée par le respect, la compassion, l’empathie et la gratitude.

La nature nous l’enseigne. Les enfants nous en rappellent toute l’importance. Si chacun peut l’apprendre, tous grandiront.

📕 Tiré de La Corne de brume (p. 66) par Louis Caron.

Pour en savoir plus au sujet de cette œuvre monumentale de la littérature québécoise:
💬 Article de Adrien Thério, « La corne de brume de Louis Caron ou l’art du roman historique » dans Lettres québécoises (PDF), 1983
💬 Fiche technique de lecture recommandée au secondaire sur le site du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec permettant de « prendre conscience de l’histoire des peuples ».

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📷 Photo par Johannes Plenio via Unsplash

Sans maquillage. True colors. Et sans clickbait.

À l’occasion de la remise du prix Femmes de mérite 2015 de la Fondation du Y des Femmes de Montréal, où j’accompagnais ma patronne Anne-Marie Chagnon, récipiendaire dans la catégorie Entrepreneuriat, j’ai rencontré les deux jeunes femmes à l’origine de #mardisansmaquillage. En me procurant deux de leurs macarons à message inspirant, « Sois confiante » et « Les maîtres d’école sont les jardiniers de l’intelligence humaine », je me suis fait la réflexion que pour moi ce n’est pas mardi sans maquillage, mais plutôt ma vie sans maquillage! En effet, je n’en porte plus au quotidien depuis plusieurs années et maintenant en de très rares occasions. Je crois même que je n’en portais pas ce soir-là.

L’idée de changer le nom du blogue à Ma vie sans maquillage a germé de cette belle rencontre et de ma réaction à chaud. Je passe ma vie sans maquillage. Je la vis de la sorte en fait. Ne serait-ce pas là bien meilleur angle pour écrire et relater ma vie? Voilà bien de quoi il s’agit. Dans l’état où je suis, il y a encore des jours où je n’arrive pas à prendre une douche. Imaginez écrire ou procéder à une refonte complète du blogue! Je prends maintenant le temps de rédiger ces quelques lignes. C’est un début. Alors allons-y comme ça. Allons-y doucement.

J’ai un mari extraordinaire et les deux plus beaux garçons du monde. Chéri (tendre moitié depuis près de 12 ans), le Renard (6 ans et demi) et le Tigre (2 ans et demi) comblent bibi, disons Maman Ourse, de bonheur. Sauf que… la vie, la vie. Et sans maquillage. 😉

Dans ma vie en ce moment il y a une dépression majeure déclenchée par un épisode avancé d’épuisement professionnel. Il y a la première année du Renard à l’école et la promotion de Chéri; il y a un BébéTigre allergique et souffrant très souvent de maux insignifiants; il y a donc des psychologues, des allergologues et une fantastique médecin de famille. Aujourd’hui, ma vie est sans produits laitiers, sans œufs, sans moutarde et sans arachides. Pourtant, ma vie est souvent soupe au lait ou boudin noir, parfois elle est gâteau au chocolat ou tomates écrapoues.

Ma vie se passe beaucoup dans ma cuisine. Dans ma cuisine, il y a des gens! Des gens aimants que j’aime à la folie. Je suis bénie d’être entourée de personnes exceptionnelles — de la garderie à l’école, du milieu professionnel aux amis, avec une mention spéciale à nos familles. Les gens impliqués dans les associations, services publics et communautaires, commerces locaux, m’apparaissent aussi comme des êtres authentiques et vrais, généreux et engagés. Du bon monde! Ah, les gens… 

Dans ma vie, il y a des couleurs. Du rouge pompier au vert camion poubelle en passant par le jaune soleil, le mauve ecchymose, le brun caca, le bleu ciel et l’arc-en-ciel des émotions. Tout n’est pas beau, mais tout n’est pas laid. Rien n’est blanc ou noir. Tout est gris sale, teinte d’amour. Poivre et sel, comme mes cheveux sans teinture de fin trentaine.

Dans ma vie, il n’y a pas de drames. Je touche du bois et j’en remercie la Providence chaque jour. Il y a de grandes crises, des furies de minis, des chicanes d’adultes, des remises en question, des froids avec des potes et des vides à combler, il y a des doutes et des redoutes. Il y a aussi et surtout la confiance, le respect, beaucoup d’amour, l’ouverture, l’empathie, l’entraide, la générosité, l’effort et la volonté de grandir comme personnes.

Dans ma vie, arrivée à bout de souffle, j’ai choisi la pleine conscience (1). En pas de bébés, mais au quotidien. Méditer, prendre le temps d’arrêter, prendre le temps de respirer. Marcher. Rêver. Attendre. Être, maintenant et dans l’instant. Vivre des émotions fortes et apprendre à les gérer. Apprécier les vraies couleurs du monde qui m’entoure, c’est découvrir une nouvelle manière de percevoir l’univers et y trouver ma place.

Accepter. Sans résistance. M’accepter. Sans maquillage.

À l’heure d’Instagram et de Snapchat, j’ai pensé y aller avec un « Sans filtre » genre #nofilter pour la tendance et le clickbait. Il est vrai que je manque parfois de filtre quand je m’exprime! Et je vis définitivement ma vie de la sorte aussi. Le concept du maquillage me parle toutefois davantage, intuitivement, instinctivement, jusqu’à son ancrage ancestral millénaire. Le maquillage est expression de force, peinture de guerre, costume de fête, représentation d’une identité nationale, outil de transformation personnelle, art à part entière, source de plaisir, mais, malheureusement aussi, symbole de conformité sociale et masque des dominants. Sous le maquillage, plus fortement encore que sans filtres, nous sommes tous les mêmes. Des humains. The colors of our emotions are our true colors (2)(3).

 

Sans maquillage, en acceptant de relever nos masques et en supprimant les filtres pour se regarder, se projeter et se voir tels que nous sommes, sans jugement, alors tomberont les tabous. Nous pourrons nous retrouver, de manières individuelle et collective, pour nous rassembler, notre nous en petits morceaux d’êtres éclatés et notre Nous comme peuple et société en désolidarisation presque achevée. Le maquillage pourra enfin retrouver son sens.

Toutte est dans toutte hein. Pis toutte.

 

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(1) Voici trois lectures complémentaires sur la Pleine conscience, parce que ça peut avoir l’air pas mal plus ésotérique que ça l’est vraiment: sur le site de l’Université Laval puis sur le site de Passeport Santé un dossier et une fiche technique.
(Je vous entend juger, je suis aussi passée par là, mais lisez puis expérimentez si vous vous rendez au-delà de ce préjugé! #pasgame).

(2) True Colors est aussi un test de personnalité que vous connaissez sans doute: vous obtenez une couleur qui correspond à votre type de personnalité et à votre tempérament. Un institut international crédible en a fait un outil de travail, mais vous pouvez aussi faire le test vous-même pour le plaisir,ici en français (Université Moncton) ou ici en anglais, et vous amusez avec cette interprétation.

(3) Selon vôtre âge, voici les deux reprises les plus populaires de la chanson originale True Colors chantée par Cindy Lauper en 1986 et dont l’histoire est fascinante: Phil Collins (2002) et dans le film Trolls (2016). Il y a des dizaines d’autres versions puisque ce classique continuera de traverser les époques.

📷 Photo d’article par rawpixel sur Unsplash

Les gens VS #lesgens

Comme je vous l’ai déjà dit, je célébrais mon anniversaire il y a près d’un mois. (Promis, c’est la dernière fois que j’y fais référence cette année!) Dans les circonstances, le rite n’a pas été trop difficile. La quantité impressionnante de messages reçus et la décharge d’amour qu’ils contenaient m’ont aidée à me frayer un passage à travers cette 36e édition. Les nombreux appels téléphoniques m’ont particulièrement touchée; que voulez-vous, je suis old school à l’os. Je n’ai pas encore pris le temps ni eu la force de tous les retourner, mais ce sera sans conteste fait sous peu. Parce qu’il n’y a rien de plus important que les humains qui nous entourent, et a fortiori ceux qu’on aime: on nous le répète depuis la plus tendre enfance; je le dis moi-même sans cesse et même à mes enfants; je n’avais toutefois pas saisi toute l’ampleur et la profondeur de ce dicton auparavant. Lire la suite

Une berceuse (3) : Pour un instant

Les souvenirs Facebook m’ont gentiment rappelé un des plus beaux jours de ma vie cette semaine : ma rencontre avec Serge Fiori, à l’occasion d’une séance de dédicaces de sa biographie « Serge Fiori : S’enlever du chemin » par Louise Thériault. Je me suis évidemment fait plaisir en rejouant tous les albums, profitant particulièrement du son magnétique et de la jouissance auditive hypnotisante de l’écoute des disques vinyle. J’ai aussi rejoué la rencontre dans mon esprit : comment oublier que, ô combien intimidée par le géant, mon cœur battant la chamade m’a fait débouler sur mes mots; comment, ô combien gênée face à un pilier de mon identité et de celle de mon peuple, je me suis mal exprimée alors que j’avais tant répété ce que je voulais partager…

Harmonium a bercé mon enfance et façonné mon adolescence, construisant l’adulte que je suis devenue. Le message, sa portée, sa spiritualité, sa profondeur; la musique, en paliers, en itérations, en vagues riches à la fois douces et puissantes; la langue, la magie des mots qui se déploient en images et dansent en jeux de langage; l’expérience transcendante grâce à laquelle l’esprit s’élève au-delà de la cinquième saison et du septième ciel, le mantra libérateur qui vibre au son du om universel; l’histoire, les histoires, le tournant historique et son contexte politique : tout est parfait dans cette œuvre. Tout. Parfait, absolu, achevé, complet. Et puis cette voix; si le cristal pouvait chanter, c’est la robe de bal qu’il revêtirait, blanche comme l’éternité. Pour vivre un grand moment de paix intérieure, à la fois bouleversant et apaisant, enfilez un casque d’écoute, asseyez-vous confortablement, montez le volume puis fermez les yeux pour vous laisser transporter par la voix de Fiori sur Lumière de vie ou Comme un sage, pure et vraie.

Au premier jet, j’avais écrit « et fermez les yeux pour vous laisser bercer par la voix de Fiori », comme elle a bercé mon enfance, comme la chanson berce mon fils par l’entremise de ma voix chaque soir. En fait, les deux verbes s’appliquent; les deux émotions si proches se chevauchent, se complètent, se fondent l’une dans l’autre pour n’en former plus qu’une : le bien-être. Celui qu’on ressent et celui qu’on souhaite offrir, cherchant toujours à le préserver et à le faire grandir. De la même manière, la musique et les paroles d’Harmonium touchent au plus profond de nous, individus et collectivité, une corde sensible et intégrale : notre humanité.

C’est spontanément que je me suis mise à chanter Pour un instant à mon PetitRenard à l’aube de sa première année, par une nuit noire de pleurs inconsolables. La chanson est montée de mes tripes, a émergé d’elle-même du plus profond de moi-même, comme s’il était écrit que cet instant se produirait, comme si toute ma vie m’y avait conduit. En l’espace de quelques secondes, l’enfant s’est apaisé.  J’offrais à ma progéniture un instant de paix qui m’envahissait aussi. Surprise et émue, fière mais humble, la mère a pleuré sans retenue, serrant contre elle le fruit de ses entrailles, pour un instant.

Il n’a cessé de réclamer Pour un instant depuis, se délectant chaque fois d’un secret partagé avec sa mère le temps d’une chanson, pour déposer son corps et son esprit dans son lit en préparation de la léthargie. Et puis le soir où, lové contre moi dans la chaise berçante, sans avertissement, le PetitRenard a entonné la berceuse avec moi; le jour où il m’a hurlé de monter le son en reconnaissant à la radio les premières notes de cri de liberté; la fois où j’ai dû rebrousser chemin pour aller chercher le CD à la maison avant un road trip pour faire cesser les cris de protestation.

Comme l’ensemble de l’œuvre d’Harmonium (et plus généralement de Fiori) qui voyage sur une longueur d’onde singulière et inimitable, Pour un instant est une méditation, un message politique, une philosophie de vie; une ode à l’acceptation de soi. L’aviez-vous déjà perçue comme ça? J’aime l’idée que les enfants en saisiront tous les sens à différentes étapes de leurs vies. Alors voici, une berceuse pour le cœur, une berceuse pour l’esprit, un objectif de vie.

Pour un instant

paroles de Serge Fiori, Michel Normandeau
musique de Michel Normandeau

Pour un instant, j’ai oublié mon nom
Ça m’a permis enfin d’écrire cette chanson

Pour un instant, j’ai retourné mon miroir
Ça m’a permis enfin de mieux me voir

Sans m’arrêter, j’ai foncé dans le noir
Pris comme un loup qui n’a plus d’espoir

J’ai perdu mon temps à gagner du temps
J’ai besoin de me trouver une histoire à me conter

Pour un instant, j’ai respiré très fort
Ça m’a permis de visiter mon corps

Des inconnus vivent en roi chez moi
Moi qui avais accepté leurs lois

J’ai perdu mon temps à gagner du temps
J’ai besoin de me trouver une histoire à me conter

Pour un instant, j’ai oublié mon nom
Ça m’a permis enfin d’écrire cette chanson

 

Pour les curieux, voyez ce sourire de fan finie complètement comblée!

 

 

Source de l’image : Briony Marshall, sculpteure

Tout un tabac

J’ai récemment célébré mon anniversaire. Cet écueil m’a fait penser à toi et à l’anniversaire de notre relation. De fil en aiguille, j’ai beaucoup réfléchi. Je t’écris cette lettre parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour te dire ce que j’ai à te dire. C’est très important. Tu t’assieds?

Nous sommes ensemble depuis 20 ans déjà, t’en étais-tu rendu compte? Depuis deux décennies, tu es à mes côtés pour partager mes joies et m’épauler dans les épreuves. C’est plus de la moitié de ma vie! Tu m’as accompagnée dans toutes mes plus grandes décisions et aventures: quitter ma Montréal natale pour réaliser mes études universitaires à Sherbrooke et m’installer dans mon premier appartement, voyager au bout de monde, faire le saut en politique puis prendre la décision d’en sortir, acheter ma première maison, accueillir mes deux magnifiques garçons dans ce monde, le PetitRenard puis le BébéTigre, et alouette! Tu m’as soutenue à travers les ruptures et les séparations, les décès, les blessures et les remises en question, et j’en passe. Lire la suite