Gros jambons

Ok, sérieusement, une émeute à Victoriaville?! C’est pas le Québec, ce ne sont tellement pas les Québécois, ce n’est simplement pas québécois de se battre comme ça, à la limite de la guerre civile. Le déchirage de chemise en public, la fameuse « chicane », le pétage de coche en règle, oui, c’est dans notre très latin tempérament. Mais ça?! Non. Ça ne passe pas.

Je n’entrerai pas dans les spéculations de « c’est la faute à la SQ » ou « c’est la faute aux manifestants ». Visiblement, chacun a sa part de blâme. Je décernerai cependant deux prix « Gros jambon » avec mention spéciale de « tu fais un effort pour être aussi jambon, parce que ça n’a aucun sens être jambon comme ça». Je ne me ferai pas d’amis avec ce billet, qui ne récoltera sans doute pas beaucoup de commentaires, mais ça fait trop mal, il faut que ça sorte. Et je sais que vous êtes ô très nombreux à partager mon opinion; je me sacrifie pour la cause. Montée de lait en règle contre les gros jambons de tous les horizons.

Dans la catégorie «C’est pas une ostie de grosse manif,  mais des ostie de gros jambons»

Ah! les gros mots! J’espère au moins que vous avez saisi ma blague…😛 (Bien que je ne soit pas une fan de l’ASSÉ, ni de sa marionnette « temporaire » qu’est la CLASSE, je dois dire que d’exclure l’ASSÉ des négociations sur ce prétexte était pour le moins fallacieux.)

Le prix va au Réseau de résistance du Québec et aux Jeunes Patriotes.

Bon, mettons les choses au clair : les débordements de Victoriaville ne sont pas l’œuvre des « étudiants moyens », de ceux qui se battent contre le gouvernement Charest et ses hausses pharamineuses.

Il est important de le préciser, de le dire et d’insister. Leurs objectifs n’ont rien à voir avec ceux des parties prenantes au débat et aux négociations actuelles, ni n’ont quoi que ce soit à voir avec les parties prenantes en tant que telles. J’en ai fait, de la mobilisation de campus; j’en ai faites, des manifestations : ces manifestants, ce n’étaient pas des « étudiants », mais bien des casseurs.

Malheureusement, des images comme on en a vues, ça imprime une impression négative dans l’esprit des gens, ça associe la violence aux étudiants, ça nuit royalement à la cause.

Quand même Raymond Bachand précise que « le black bloc, ce ne sont pas les étudiants », c’est qu’au moins ce message est passé auprès des décideurs. N’empêche, Charest essaie quand même d’associer le Parti Québécois et Pauline Marois aux débordements – alors que son ministre des Finances vient à peine de faire la différence! Mauvaise foi, quand tu nous tiens. Normal que Pauline Marois mette en garde contre les amalgames. Parce que les étudiants, ils sont pacifiques, créatifs, déterminés, fiers et blessés.

Alors, bravo mes go-gauches: vous avez réussi à tomber dans le piège si peu subtilement tendu par Jean Charest. Vous avez joué de violence et d’intimidation en plein sur ton terrain, pendant son instance, pour lui donner la légitimité de continuer à casser les étudiants – les casser psychologiquement et physiquement, pour leur rentrer dans la gorge une entente pourrie. Tsé, même François Legault le dit, que c’est une « entente perdant-perdant »…

Dans la catégorie « You-hou, mais tu jambonnes donc ben! »

Le prix va à Jean Charest.

Oui, vous avez bien lu: à Jean Charest. Sa seule réplique à la crise actuelle, qui dépasse largement le cadre étudiant pour menacer la paix sociale (on assiste à du chaos social depuis quelques semaines), c’est d’attaquer Pauline Marois et François Legault en les traitant de souverainistes et de répéter qu’il a pris la bonne décision; c’est d’envoyer les anti-émeutes « fesser dans le tas ». You-hou, tu la regardes comme nous, la télévision? tu les écoutes comme nous, les lignes ouvertes à la radio? tu les lis comme nous, les textes d’opinion dans les journaux? tu te promènes dans les rues de Montréal et de Québec, tu vas faire un tour sur les campus comme nous, John James?

Le premier ministre comment une grossière erreur  sur la personne – lui-même. Il agit, à l’Assemblée nationale depuis trop longtemps et en fin de semaine au congrès du Parti libéral du Québec, d’abord et avant tout comme le chef du PLQ. Pas comme un premier ministre. Oh que non. Ce n’est pas la première fois qu’il confond ses fonctions partisanes et politiques.

Les sondages le placent d’ailleurs 3e pour « meilleur premier ministre », derrière Pauline Marois puis François Legault. No wonder qu’il les attaque dans ses interventions publiques et qu’il a vomi ad nauseam l’anglicisme leadership dans son discours d’ouverture à Victoriaville, vendredi soir. Une des premières leçons que l’on apprend dans les cours de gestion, c’est que le vrai leader se voit attribuer ce titre ainsi que les privilèges et responsabilités qui en découlent par ses pairs; il ne se l’attribue pas lui-même.

Jean Charest qui crie à qui mieux-mieux qu’il possède du leadership, c’est comme s’auto-attribuer le titre de Grand bâtisseur; plus tu te flattes toi-même dans le sens du poil, moins tu convaincs les gens, et plus tu démontres que tu ne possèdes pas les qualités dont tu te réclames. La culture, moins tu en as, plus tu l’étends; le  leadership, moins tu en as, plus tu te vantes que tu l’exultes.

Monsieur le premier ministre, contrairement à ce que vous affirmez publiquement, vous devriez avoir honte d’avoir laissé pourrir pendant 80 jours un conflit prévisible dont l’ampleur nous a tous surpris. En 80 jours, d’autres ont fait le tour du monde! Vous aviez la responsabilité et le devoir de faire votre juste part en intervenant plus rapidement. Votre « offre » est si peu contraignante et ne représente que l’ombre d’un compromis de votre part; vous auriez pu la mettre sur la table il y a des semaines. Vous n’avez rien à vous reprocher puisque vous avez été fidèle à vous-même: vous avez préféré « ne pas jouer d’électoralisme » (me semble) et faire comme vous le faites toujours: vous murer dans le silence et laisser les autres tenter de mener à bien un débat de société qui vous laisse indifférent, dans sa forme et son fond.

Ça paraît peut-être pas comme ça, mais j’ai beaucoup de respect pour la fonction de premier ministre. Je m’attendais à plus de celui qui occupe la plus importante fonction de l’État québécois. Mais là, celui qui s’est derechef nommé ministre responsable de la Jeunesse a lamentablement laissé tombé cette dernière. Trop, c’est trop.

Monsieur Charest, vous n’êtes pas le premier ministre de tous les Québécois, parce que dans toute autre circonstance, vous auriez eu la décence de rencontrer les principaux intéressés pour tenter d’éviter, puis de dénouer, l’impasse. Plutôt, vous avez joué vos cartes en habile politicien et campaigner que vous êtes.  Vous n’êtes pas mon premier ministre. Vous êtes le chef du Parti libéral du Québec. J’ai honte.

Mention spéciale : « Jambon Koumbaya »

C’est très triste à dire, surtout que j’ai encore un certain nombre d’amis et de bonnes connaissances dans le mouvement étudiant (qui j’espère me pardonneront ma montée de lait éditoriale), mais voici le fond de ma pensée de has-been du mouvement étudiant. Je dois décerner une mention spéciale de jambons aux associations membres de la FEUQ qui ont voulu chanter koumbaya avec l’ASSÉ, comme les licornes dansent sous les arc-en-ciel. Je ne parle pas du conseil exécutif de la FEUQ, ni de sa présidente, qui ont la responsabilité d’exécuter les décisions de leurs membres; je parle des associations membres, réunies en comité de coordination ou en congrès, qui ont apparemment voté à majorité pour donner à Martine Desjardins le mandat de tenir la main de l’ASSÉ, dont le fondement idéologique prescrit de ne pas négocier avec le gouvernement, parce que le gouvernement ce sont des méchants capitalistes qui inhibent la révolution socialiste. J’exagère à peine.

Bien sûr, les associations membres de la FECQ récoltent une partie de cette mention spéciale puisqu’elles ont donné le même mandat à Léo Bureau-Blouin. Mais ce sont des cégépiens, plus jeunes, moins expérimentés en politique et dans la vie, et plus aux prises avec l’ASSÉ sur leurs campus; on les comprend un peu plus, on excuse davantage leur décision, on objective leur naïveté et leur idéalisme.

Qu’est-il arrivé des fameux chants de la CASSÉ, prédécesseur de la CLASSE : « FECQ-FEUQ-flics, toute la même gamique! » ou encore « Négo, collabos! » ?

La réalité, c’est que c’est déjà bien étrange que l’ASSÉ ait voulu négocier… et que si les fédérations étudiantes avaient profité des nombreuses occasions que la Providence leur a offertes sur un plateau d’argent pour se défaire des menottes politiques que représentait la CLASSE dans le processus de négociations, le conflit aurait sans doute duré moins longtemps et aurait peut-être accouché d’une offre moins mauvaise.

La seule explication que je vois est liée à la dynamique interne des fédérations étudiantes. Autre temps, autre mœurs. Se faire des amis semble avoir pris le dessus sur l’obligation de résultat. J’espère que les associations membres auront appris quelque chose…

Sexisme ou paranoïa?

Enfin, une question comme ça. Comment se fait-il que Martine Desjardins ait eu si peu de couverture médiatique pendant tout ce conflit? C’est quand même elle qui est à la tête du plus important groupe jeunesse du Québec! C’est une femme. On a déjà eu ce débat qui serait, semble-t-il, clos. Mais je me questionne: nos médias sont-ils tellement conditionnés à donner le micro aux hommes qu’ils en oublient le message, parfois? Je dis ça de même. Je suis peut-être parano.

4 réflexions sur “Gros jambons

  1. Ayant été moi-même dans le militantisme étudiant durant la décennie des années 80 (Cégep de Saint-Jérôme et AGEUQAM, à l’époque de la très gauchisante ANEEQ) je me souviens du même genre de problème: les tenants des droits étudiants et les tenants de la révolution prolétarienne permanente. À l’époque cependant, (mais c’est peut-être de l’aveuglement nostalgique) la casse et les dérapages semblables étaient très, très rares. Je ne me souviens pas d’avoir vu une manif virée à la casse avant que Seattle, en 1999, ne fasse des lanceurs de pavés des héros populaires.

    Triste tout ça

  2. Je partage en partie ton avis. Mais ne fais pas l’amalgame que toute la CLASSE est des militants de go-gauches socialisantes. J’en fais partie. Je suis en désaccord sur certaines positions, mais pour négocier le gel, on doit promouvoir la gratuité scolaire comme stratégie à atteindre sur plusieurs générations tels que le préconisait Jean Lesage, premier ministre libéral.

    • Si c’est ce que tu as compris, je m’en excuse. Ce que je voulais dire est plutôt que le fondement de la CLASSE, c’est l’ASSÉ, qui est un amalgame de toute la gauche sur tous les sujets, de l’éducation à la présence militaire du Canada en Afghanistan, en passant par l’International socialiste…. Et qui n’a pas fait la politique la plus propre à l’endroit de la FEUQ et de la FECQ par le passé. Je n’ai pas confiance, c’est tout. C’est pas un climat pour négocier, surtout avec une association pour qui négocier c’est de la collaboration, en son sens le plus péjoratif. Ça va finir par exploser, à mon avis.

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