La grossesse (1) : tomber enceinte

Il était une fois, il y a un an, je tombais enceinte. Il aura fallu deux ans et demi pour concevoir. J’avais arrêté de prendre la pilule à nos noces, en septembre 2009 ; je n’avais pas de cycle menstruel, ce pour quoi j’avais d’ailleurs commencé à prendre la pilule contraceptive 15 ans auparavant. Il paraît que l’absorption d’hormones pendant une si longue période dérègle derechef le système ; j’en ai eu pour près de 10 mois avant d’avoir un semblant de cycle à peu près régulier.

Malgré le « retard de productivité », nous n’avons pas paniqué. Pas officiellement du moins, puisque dans mon fond, je m’inquiétais. De deux choses l’une : j’avais jusqu’à présent été très « chanceuse », car il m’était très, très, très, souvent arrivé d’oublier de prendre des pilules et je n’étais pas tombée enceinte ou il y avait anguille sous roche (sans analogie). Deux ans plus tard, je commence donc à me dire qu’il s’agit de ceci et non de cela et… qu’il faudrait bien entamer des procédures…

Eh bien non ! Pour la petite histoire, on dit que c’est le grand air de l’Écosse et le scotch qui ont tout rétabli. En effet, c’est après une cavale de 21 jours en Écosse et des dégustations de scotch aux quatre coins du « pays », d’Édimbourg à Oban, en passant par Glasgow, St-Andrews, Wick, Durness, Ullapool, Stornaway et Barra, que je suis tombée enceinte. En réalité, je pense que c’est plutôt le fait d’avoir arrêté de penser à faire un bébé qui a aidé. Changer d’air, profiter de mon couple « pendant qu’il en est encore temps », boire jusqu’à plus soif les meilleurs scotches du monde, prendre des coups de vent en plein visage : c’était l’objectif. Objectif atteint.

Date de conception : 3 juin 2011, tout juste en rentrant, avant que Chéri ne parte pour une semaine à Toronto, pour le travail. Nous le saurons des mois plus tard, en comptant à rebours.

Date de « je commence à me poser de questions et je fais un test de grossesse parce que je ne file pas » : 22 juin. J’ai mal au coeur, mais la veille a été une journée chaude et « chargée » : dîner d’été du bureau, sur le bateau-mouche dans le Vieux-Port de Montréal, après-midi à traîner dans le Vieux-Port en attendant une petite soirée entre amis au feu Bistro Vu. Le vin ne me revient pas, même le blanc, je me dis que c’est la chaleur. Ça fait quelques jours qu’il fait dans les 30 degrés, je dors mal, la clim n’est pas encore installée. Le 22 au matin, je ne peux plus l’ignorer : la nausée croît chaque matin depuis… À bien y penser, voilà ce qui me tenaille depuis quelques jours, au lever, qui persiste jusqu’à mi-journée. À bien y penser, selon mon cycle presque régulier, j’ai près de cinq jours de retard. Ce matin-là, en quittant la maison avec Chéri pour le travail, je prends une décision : je vais acheter un test de grossesse à la pharmacie du coin avant d’aller au bureau. Ce que je fais. Avant même d’aller poser mes choses dans mon bureau, direction le petit coin pour effectuer mon test.

Il est positif. Je suis incrédule. En état de choc. Interloquée. Il y a plus d’un an que je fais pipi sur un petit bâton et que le résultat est invariablement un « + » et un « – ». Là, dans chaque case, il y a un « – ». Attends, ça veut dire que… est-ce que c’est bien ça que ça veut dire ? Je relis les instructions trois fois en regardant le bâton. Je sens monter en moi une vague incontrôlable de joie. Quelques larmes silencieuses. Toujours dans le cabinet de la toilette commune à l’étage. Absurde. Surréaliste. Une photo prise avec mon téléphone intelligent et envoyée à Chéri par courriel avec comme objet : « Voilà pourquoi je ne filais pas depuis quelques jours ! ».

Effet manqué de l’annonce à futur-papa qui était en réunion et n’a pas vu mon courriel avant une heure plus tard, quand je l’ai appelé, inquiétée de sa non-réaction. C’est donc avec moi à l’autre bout du fil qu’il ouvre le courriel et regarde la photo. Il ne comprend pas tout de suite. J’explique. Stupéfait à son tour, il absorbe tranquillement la nouvelle puis finit par exploser de joie à sa manière, discrètement, la voie nouée, le sourire dans le cœur.

Ouf. Reprendre ses esprits. Se calmer. Réussir à ne pas crier de joie et à ne pas annoncer la nouvelle aux collègues. Pas tout de suite. Toucher du bois. Respirer calmement. Rien n’est joué avant 12 semaines, mais tout est joué d’avance. Le paradoxe de la vie.

Ouf. Ça a été long avant qu’on y arrive enfin, au début de notre nouvelle vie. Parce que tout change à ce moment-là, précisément, on est déjà parents. C’est le point de bascule, le point de non-retour. C’est un bel endroit, juché entre l’expectative de l’inconnue vie de famille au-devant, le deuil de la vie à deux, l’allégresse du rêve à portée de main. Il y a aussi la peur de faire une fausse couche, la crainte d’avoir un enfant malade ou handicapé, la terreur de l’accouchement déjà, et l’anticipation des responsabilités d’être une maman. Il y a encore l’amour naissant et dès lors si fort transmis du bout des doigts au bébé qui s’accroche lentement dans le ventre que l’on flatte, l’excitation de voir la bedaine pousser, j’ai si hâte de sentir bébé bouger et plus encore de le rencontrer.

Ouf ! Ça se bouscule dans la tête, dans le coeur, dans le corps. Une chance que la grossesse dure 9 mois, ce ne sera pas de trop pour se faire à l’idée de devenir parents. Parce que bien que rien ne se passe dans le corps de Chéri, il voit le mien se transformer et se préparer à la maternité ; inutile de dire que dans sa tête et dans son coeur, ça bat la chamade aussi fort ! Ou est-ce que ce sera très long, trop long, et que nous n’en pourrons plus d’attendre ?

22 juin 2011. Le jour où je suis devenue maman et où Chéri est devenu papa. Vraiment. Nous n’étions pas encore parents, mais bien maman et papa. La différence est difficile à expliquer, mais existe bel et bien. Disons… maman et papa en attente.

*     *     *     *     *

Dans la série Les joies de la maternité, c’était : « tomber enceinte ». Prochain billet : « La grossesse (2) – être enceinte ».

Je suis chanceuse : je n’ai pas grand-chose à dire sur ma grossesse. Ça s’est bien passé. Pas de complications, pas de diabète de grossesse. Alors je vous raconterai une grossesse plate, typique comme dans les livres, avec mon style que vous aimez bien, je crois, non ? Les dates importantes, quelques anecdotes, ce que j’aurai aimé qu’on me dise.

7 réflexions sur “La grossesse (1) : tomber enceinte

  1. Te lire est tout simplement un plaisir à chaque fois mon amie !!! C’est tellement un scène classique de film ton histoire😉

  2. Bon ok, dans le cabinet de toilette, j’ai commencé à pleuré de joie. Comme quoi, cette émotion indescriptible qu’on ressent quand c’est positif, elle est aussi intime qu’universelle !
    Superbe texte « maman » !

  3. Ton histoire est tellement belle! Et tu écris merveilleusement bien. Je viens de commencer à lire ton blogue et j’espère que j’aurai encore plusieurs billets à découvrir🙂

  4. C’est si beau! « C’est le point de bascule, le point de non-retour. C’est un bel endroit, juché entre l’expectative de l’inconnue vie de famille au-devant, le deuil de la vie à deux, l’allégresse du rêve à portée de main. »

    À nous aussi, ça aura pris longtemps (20 mois d’essais, soit presque deux ans)! C’est loooong…

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