Histoire d’un AVAC réussi – première partie

Comme j’ai la chance d’avoir vécu un AVAC réussi et parce que j’en demeure un peu troublée, j’ai choisi de vous en parler. C’est en partageant et en communiquant ses émotions qu’on grandit, non? J’ai surtout très hâte de lire vos réactions et témoignages, tous sexes confondus, expérimentés, érudits ou simplement curieux que vous êtes en la matière.

Note importante : ce billet comporte des scènes d’intimité féminine et des détails sans équivoque sur la fin d’une grossesse et l’accouchement. Âmes sensibles s’abstenir, tous sexes confondus. J’insiste: ceci n’est qu’un témoignage, pas une prise de position, puisque l’important est d’avoir un bébé et une maman en santé, pas de savoir par quel orifice ou par quels moyens le petit est sorti…

Commençons par la question qui vous brûle les lèvres : un quoi?! Un AVAC : accouchement vaginal après césarienne. L’acronyme est presque poétique par opposition à la force de l’image mentale de la description, vous ne trouvez pas? La fierté de l’avoir réussi, par rapport à un accouchement vaginal «normal», relève de la pression du système exercé sur la mère et des risques naturels d’une telle procédure. En effet, d’un côté, l’accouchement naturel apparaît pour certaines comme un objectif en soi tandis que de l’autre, on sent une nette tendance à la césarienne planifiée pour les récidives en raison de la prévisibilité de l’accouchement et des risques de l’AVAC, dont la rupture utérine. J’y reviendrai.

Voici donc l’histoire d’un AVAC réussi par lequel BébéTigre est arrivé dans ce monde.

Comme la réalité est qu’une grossesse dure plutôt 10 que 9 mois, je ne me suis pas trop enthousiasmée quand ma bedaine, perdue sous le poids des jours, a dépassé le fil d’arrivée de ma DPA. À partir de 36 semaines, les rendez-vous de suivi mensuels deviennent hebdomadaires; à partir de 38 semaines, le médecin évalue régulièrement l’ouverture de «la petite porte secrète» pour tenter de prévoir l’arrivée du bébé.

Oui — il y a bel et bien une «petite porte secrète» entre les jambes de maman. C’est la réponse la plus intelligente que j’ai trouvée en cinq secondes pour répondre à mon PetitRenard-FuckingFour qui demandait comment allait sortir le bébé de mon ventre, surtout «qu’il commence à être vraiment gros et qu’il donne beaucoup de coups!» La porte s’ouvre quand le bébé est prêt à sortir et se referme ensuite. Ce n’est somme toute pas très loin de la réalité, ce qui m’a permis d’offrir des réponses assez aisément à toutes les questions qui ont suivi sans entrer dans des leçons d’anatomie avec un petit garçon de 4 ans. — Récupérez cette explication à souhait. Vous êtes les bienvenus!😉

À 39 semaines, mon médecin a constaté que mon col utérin était très mou, ouvert à 1 cm et effacé à 75 %; j’ai eu un peu d’espoir quand il m’a dit qu’on se reverrait la semaine prochaine, mais pas la suivante. J’ai déchanté et je m’en suis voulu d’y avoir cru quand le statu quo a été constaté la semaine suivante, me rappelant avec force la césarienne d’urgence nécessaire par absence de progression naturelle du travail qui avait été provoqué mécaniquement (par l’insertion d’un ballon). J’ai donc décidé de prendre mon mal en patience, littéralement, et de me concentrer sur tout ce qui pouvait me faire profiter au maximum des derniers milles de notre vie à trois. Le dernier rendez-vous serait à 41 ou 42 semaines, moment fatidique où «des décisions doivent être prises» si le bébé n’est pas arrivé.

*  *  *  *  *

39+1. Il commence à être temps de faire ma valise et préparer la chambre de BébéTigre qui pourrait arriver n’importe quand, comme ça, sans trop de flafla, sans plus de préavis.

C’est fou comme au deuxième tout semble moins urgent et surtout moins important. Et puis quoi, qu’est-ce que ça fait si la chambre n’est pas tout à fait décorée? Un bébé naissant ne voit qu’à 20 cm devant lui et passe 20 h sur 24 à dormir. Bon, on s’entend qu’un lit assemblé, des draps et des vêtements fraîchement lessivés, des couches et des lingettes humides constituent l’essentiel. Chéri et moi nous y mettons, soudainement hantés par la vision des eaux perdues avec la force des eaux séparées et l’urgence de se rendre à un hôpital inaccessible, à la croisée des autoroutes montréalaises aussi embouteillées qu’excavées.

La valise de BébéTigre de même que celles de Chéri et de PetitRenard sont prêtes depuis presque 10 jours; je complète enfin la mienne. Nous — sommes — prêts. Enfin. Enfin… le pense-t-on, car je ne réitérerai jamais assez que l’on ne peut que croire être prêt à affronter les plus grands bouleversements de nos vies qu’en assumant ne rien y savoir et en puisant notre force dans le lien qui nous unit d’amour à ceux avec qui on choisit de partager ces moments.

40+2. Les contractions commencent à se faire sentir, ici et là, aux mauvais moments, bien entendu. Par exemple pendant que je joue avec PetitRenard ou quand j’ai les mains pleines. Ça peut durer plusieurs jours et comme j’ignore s’il s’agit de fausses contractions, je prends mon mal en patience.

Les femmes sont bonnes pour faire ça, prendre leur mal en patience. Pendant nos règles, pendant toute la durée de la grossesse, avant-pendant-après l’accouchement et ce peu importe par quelle porte le bébé sort, parfois aussi pendant la période d’allaitement, et plus généralement pas mal tout le temps. J’en profite pour faire cette parenthèse : les douleurs féminines ne doivent pas être tolérées et ni prises à la légère, à tout âge et sans gêne ni honte, parce qu’on a toujours ben rien qu’une santé et que le cancer des ovaires est le cancer féminin le plus meurtrier bien qu’il n’existe aucun test de dépistage.

40+4. Après une nuit sans sommeil et une matinée houleuse avec PetitRenard, je me rends à l’évidence: les contractions sont bien réelles, elles deviennent régulières et leur rythme augmente. À 13 h, elles atteignent la fréquence requise pour justifier le déplacement vers l’hôpital : aux 5 minutes ou moins. Je doute encore du niveau de douleur et je décide d’attendre encore un peu, guidée par un conseil maintes fois entendu : mieux vaut «travailler» dans le confort de son foyer tant que la douleur est supportable, m’a-t-on dit et raconté. Ok. Mais j’ai besoin de calme. J’appelle ma mère, la Mamie du PetitRenard, qui n’attendait que mon appel pour venir le quérir, plus énervée que moi à l’idée de rencontrer son 8e petit-enfant, le BébéTigre et toujours heureuse de prendre soin de son PetitRenard. Elle gardera mon aîné jusqu’à notre retour au Bungaluvv avec notre deuxième enfant. Mon grand garçon est en retour rassuré d’attendre avec Mamie et Papi l’arrivée de «son» bébé qui est en train de cogner à la petite porte secrète qu’on s’en va ouvrir à l’hôpital.

À 15 h 30, c’est enfin le silence dans la maison. Enfin. Je respire. Je me concentre. La douleur se fait sentir dans le bas du ventre, comme aucune douleur jamais ressentie auparavant, contrairement aux contractions ressenties à la première grossesse qui s’apparentaient à des crampes menstruelles amplifiées, dont je souffre plutôt au bas du dos, dans les reins. Je respire. Je visualise. Je ne sais pas trop ce que je visualise, parce que je n’ai aucune idée de ce qui m’attend, mais j’imagine un bébé dans mes bras, emmailloté dans une typique couverture d’hôpital format nouveau-né; ce n’est ni un garçon ni une fille; BébéTigre n’est ni gros, ni grand, ni petit; c’est un bébé en santé, avec tous ses membres et tous ses organes, qui a pris sa première bouffée d’air avec le vacarme requis et qui embrasse la vie à pleins poumons.

Ça a été tout l’inverse avec PetitRenard, ça a été tellement long et pénible, me faire provoquer, endurer des contractions pendant 36 heures sans entamer de travail actif de poussée puis subir une césarienne d’urgence. J’en rêve, que ça se passe rapidement, même si je n’ai strictement aucune idée de ce qui m’attend, considérant que je m’engage sur la voie périlleuse d’une tentative d’AVAC. Même si j’ai un PetitRenard, médicalement et psychologiquement parlant, c’est comme si j’accouchais pour la première fois. Sauf que je connais dans le fin détail l’un des dénouements possibles à cette péripétie. Sauf que j’ai vu ça dans les films, incluant aux lointains cours prénataux suivis il y a quatre ans.

Je visualise. Mais là, je commence à souffrir. Et sérieusement. Tout en me disant que ce n’est que le début d’un long processus qui se révélera ô combien plus douloureux. Alors je prends encore mon mal en patience et je continue à respirer. Avec Chéri, nous comptons la durée et l’espacement des contractions. En plongeant mes yeux dans ceux de Chéri, je réalise que nous comptons aussi à rebours la même chose, en silence, avec à la fois l’énergie du désespoir et un enthousiasme croissant dans le cœur : les instants qui nous séparent de l’accueil de notre deuxième enfant dans ce monde.

16 h 30 : On y va. Heure de pointe ou pas, site Glen, on arrive!

À suivre…


Petit lexique de la grossesse et de l’accouchement

39+1, 40+2, etc. : nombre de semaines de gestation + nombre de jours de la semaine suivante. C’est comme ça qu’on calcule la progression d’une grossesse, jusqu’au fatidique 42 où le travail est indubitablement provoqué par voies chimiques (médicaments) ou physiques (processus de déclenchement) pour éviter des risques majeurs sur la santé (et la vie) de la maman comme du bébé. À ce stade, ce dernier commence à respirer et pourrait s’étouffer avec le liquide amniotique, d’autant plus qu’il est très gros et pourrait littéralement rester coincé à la sortie de la petite porte secrète.

AVAC : accouchement vaginal après césarienne ou l’expérience la plus intense de ta vie

DPA : date prévue d’accouchement ou date fictive d’accouchement qui crée des attentes inutiles puisque strictement basée sur le calcul de 40 semaines de gestation à partir de la date des dernières règles

Fausses contractions, ou contractions de Braxton-Hicks : ce sont des contractions isolées de l’utérus qui peuvent survenir à partir de la 6e semaine de grossesse, quoique la plupart des femmes ne les ressentent qu’à partir du second ou troisième trimestre de leur grossesse. Elles préparent le corps à l’accouchement, sans entraîner de dilatation du col de l’utérus, contrairement aux contractions utérines du travail (source). Plus d’infos ici et .

Petite porte secrète : le vagin, vous l’aurez deviné. Heureusement, la médecine nous permet aujourd’hui d’envisager une sortie d’urgence sous la forme d’une incision d’une quinzaine de centimètres au bas du ventre, juste en haut du pubis; la césarienne apparaît pour plusieurs comme une petite opération, car c’en est une de routine sans grands risques, mais il s’agit en fait d’une opération majeure puisque le chirurgien coupe tout, tous les tissus et tous les muscles, jusqu’au milieu du corps, où il déplace des organes de ses mains pour aller chercher un être humain. Durant la convalescence de 6 à 8 semaines, la femme ne devrait rien lever de plus lourd que son bébé et se reposer le plus possible; bonne chance pour sortir et se remettre en forme, parce que, t’sé, un bébé dans un siège d’auto ou une poussette, c’est déjà plus lourd qu’un bébé.

Provoquer le travail : Le déclenchement artificiel du travail permet de faire démarrer les contractions qui contribuent à l’ouverture du col de l’utérus. Pour accoucher par voie vaginale, le col de l’utérus doit être dilaté à 10 cm. Il existe des méthodes naturelles (décollement des membranes, ou stripping), mécaniques (l’insertion d’un ballon), chimiques (l’administration d’ocytocine synthétique) et des trucs de grands-mères réputés fonctionner, comme avoir des relations sexuelles ou stimuler les mamelons (source).

3 réflexions sur “Histoire d’un AVAC réussi – première partie

  1. Félicitations! Toute maman se reconnaitra dans ces mots. L’accouchement est à la fois enthousiasmant et épeurant pour nous toutes, je présume! Dans mon cas, deux accouchements naturels, mais très différents l’un de l’autre. Merci pour ton témoignage, hâte de lire la suite!

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