Quand serre le cancer 

Hier soir, comme tous les soirs, comme la routine du dodo, avachie dans mon lit, je déroule Facebook pour conclure la journée. Quelles actualités m’étaient passées sous le nez? Quelles nouvelles de potes ou de connaissances éloignées étaient susceptibles de me faire réagir? On ne s’attend à rien, on fait le tour par habitude, par réflexe, avec apathie presque. Puis ça fesse: il est mort. Je suis bouleversée.

Pourtant, je n’étais même pas vraiment proche de lui. Je côtoie bien encore quelques-uns des gars du groupe, mais sans plus, vraiment. Je ne savais même pas qu’il luttait contre le cancer.

Pourtant, ce matin encore, je ne retiens pas mes larmes. Pis encore, je suis incontrôlable. Mon PetitRenard me demandait pourquoi je pleure. « Parce qu’un ami de maman est parti dans les étoiles. » Salut.

Il est né en 1981. Il avait 36 ans. Je suis allée au secondaire avec lui, comme avec la plupart de ses encore plus grands amis qui constituent sa famille choisie. La gang des gars « un an plus vieux », avec toute l’attractivité que les bums articulés peuvent avoir pour une adolescente à l’âme rebelle. Je ne peux pas vraiment dire que c’est un ami, plutôt un homme que j’ai toujours admiré et respecté. Aujourd’hui, ils sont visionnaires, entrepreneurs, artistes, toujours authentiques. Aujourd’hui, ils sont en deuil. Et moi avec eux.

Ils ne sont pas les seuls à rester avec la mémoire d’un grand homme, à porter et à partager, à faire vivre comme une partie indissociable d’eux-mêmes, la mémoire d’un grand homme. Je pense à son épouse. C’est peut-être égoïste; je pense à moi à travers elle? Car si on pense souvent à la douleur horrible de voir son enfant partir avant soi, on imagine mal le vide béant laissé par le partenaire choisi d’une vie. Ils n’avaient pas d’enfants; par choix, à cause de la maladie? Le lit vide. Le café solitaire. Les demi-mots pas complétés. Le cœur pas entier. Je ne la connais pas, cette épouse qui incarne toutes les tendres moitiés du monde, mais mon dieu que je l’aime de tout mon cœur aujourd’hui.

Je pense à elle aussi. Professionnelle accomplie, agent de changement dans son milieu, amie fidèle, sœur sans pareille, mère de famille. Partie il y a tout juste un an, elle a laissé dans le deuil une famille nombreuse dont une sœur jumelle qui a perdu une partie d’elle-même, un partenaire de vie qui a perdu sa tendre moitié, des enfants qui ont perdu leur premier amour. Et j’en passe. Aujourd’hui, un an plus tard, ils racontent le cadeau qu’est la joie immense de l’accompagnement, jusqu’au dernier instant, la joie incompréhensible de vivre toute la vie à grandes bouffées, avec ceux qu’on aime, jusqu’à ce que toute la vie ait été respirée. Puis partagée et transmise dans un dernier souffle d’amour!

Je pense à tous les autres. Survivants ou victimes. Familles, ami-e-s, collègues. Médecins, infirmiers-ères, soignants-es. Proches aidants. Humains. Celles et ceux qui se battent, combattent et portent la lutte. Qu’ils vivent encore ou qu’ils aient vécu.

Comme la mort, le deuil est un passage qui mène à une porte ouverte sur la lumière, celle de la mémoire et de l’espoir – celle d’une vie nouvelle? Car malgré la souffrance, les êtres chers laissent une trace, de leur vivant comme après leur départ, qui nous aura touché tant que nous voudrons la faire vivre. Quand on pleure la perte d’un être cher, on célèbre aussi la vie qu’on a partagée et la mémoire qu’on gardera bien vivante en nous, avec nous, autour de nous. Au-delà de soi. Dans l’amour et par la vie.

Car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir − et vous me pardonnerez la formule qui prend ici tout son sens. L’espoir que des remèdes soient trouvés, que des dépistages puissent être effectués, que des fléaux soient enrayés.

Merci Scanner. Merci Nathalie. Merci aussi à Michèle, Johanne, Christine. Vous faites partie des grands de ce monde. Vous brillez maintenant parmi les étoiles et à tout jamais en nous, lumières de vie. Le chemin que vous avez tracé ici, à nos côtés, pour nous et avec nous, en est un d’espoir, d’authenticité et  d’amour grâce auquel nous pouvons prendre la route qui mène au-delà de soi pour aspirer à être aussi grands que vous, plus grands que nature.

Merci Tommy, Marie-Laure, François, Lucie, et je m’excuse auprès de tous ceux que j’oublie. Vous faites partie des grands de ce monde. Votre force, votre combativité et votre sourire m’inspire. Vous transpirez la vie, vous respirez la vie. Vous tracez chaque jour la même voie, et m’inspirez chaque jour le même souffle de dépassement. Vous êtes la vie.

 

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