L’épuisement professionnel, ou se sentir cassée en mille morceaux

À compter de demain, je n’aurai plus de cellulaire, plus du tout. On pourra me joindre par tous les autres moyens technologiques de l’heure, incluant le téléphone fixe à la maison. Exit les textos et les réponses instantanées!

De deux choses l’une : oui, j’ai encore un téléphone fixe à la maison. Ensuite, la réponse à la question qui vous chicote : je n’ai pas changé de travail. Je suis en arrêt de travail pour épuisement professionnel. Ma tâche principale et essentielle en ce moment est de prendre soin de moi.

Ah! Ça fait du bien de le dire! Ça fait déjà un mois que je suis à la maison, et l’horizon de mon retour au travail n’est en ce moment qu’un vague concept. Je rends donc l’appareil associé à la fonction, le temps de recharger mes propres batteries et de recoller les morceaux de mon petit coeur et de mon esprit. Il y a trois semaines, je n’aurais jamais pu envisager d’écrire, encore moins de publier, ceci. Une chose est constance chez moi toutefois : je continue de m’assumer. J’ai encore honte de m’être rendue si bas, de n’avoir pas pu prévenir cela, mais je n’ai pas honte de dire que ça m’est arrivé.

Je préfère de loin l’expression « épuisement professionnel » en français à son équivalent anglais « burnout »; je trouve que ça rend davantage justice à la réalité du phénomène. Le très inadéquat diagnostic de « trouble d’adaptation » reconnu médicalement par l’Organisation mondiale de la santé donne l’impression que la victime est la seule responsable de son sort alors qu’il est admis que les causes environnementales sont aussi au coeur des causes de ce grand mal du 21e siècle.

Je suis extrêmement chanceuse d’être aussi bien entourée. D’être relativement bien connectée sur mes émotions. D’avoir appris à poser mes limites, même si cette fois-ci je les ai clairement dépassées. Parce que grâce à tout ça, j’ai peut-être frôlé la dépression, mais j’ai su voir tous les drapeaux rouges levés sur mon chemin pour éviter de me confronter à cet ardu dessein.

Il y a des journées horribles, où je reste roulée en boule dans le fond de mon lit. Il y a des meilleures journées, où je réussis à prendre plaisir à cuisiner, à marcher, à m’occuper de mes enfants toute seule. Entre les deux, il y a le difficile laisser-aller, la culpabilité de me sentir un fardeau pour mon mari et mes proches, le défi de paraître tenir le coup pour mes enfants. Au quotidien, il y a la confiance minée, la compétence remise en doute, l’incapacité à envisager l’avenir et même à profiter de ce premier véritable temps d’arrêt depuis mon entrée sur le marché du travail voilà 20 ans ; il y a aussi la peur de l’inconnu, la peur d’être jugée, les convictions profondes ébranlées, la connaissance de soi questionnée.

Il n’y a pas de place pour la pitié ici. La compassion, l’empathie et le respect sont les sentiments que je cherche à nourrir moi-même et envers moi-même. Si je suis encore prise dans le tourbillon de la situation et que je me sens encore dépassée, je ne peux qu’avoir confiance qu’il s’agisse d’une bénédiction déguisée. Si je ne vois pas de lumière au bout du tunnel, je sais que cette noirceur ne sera pas éternelle. En fait, très honnêtement, je suis brisée – les jambes sciées, le coeur émietté, l’esprit explosé. J’ai besoin de temps pour me réparer et recoller tous mes morceaux, pour me retrouver. Je vais commencer par laisser tomber toute cette poussière d’éclats de moi, puis m’y retrouver. Et me relever. Le reste viendra en temps et lieu.

Je vous laisse avec une lecture fort éclairante au sujet de l’épuisement professionnel et cette définition élaborée en 1985, par Freudenberger et North :

« [L’épuisement professionnel] est un affaiblissement et une usure de l’énergie vitale provoqués par des exigences excessives qu’on s’impose ou qui sont imposées de l’extérieur: famille, travail, amis, relation amoureuse, système de valeurs ou société, qui minent nos forces, nos mécanismes de défense et nos ressources. C’est un état émotif qui s’accompagne d’une surcharge de stress et en vient à influencer notre motivation, nos attitudes et notre comportement. »

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, plus de 25 % des travailleurs québécois subissent un haut niveau de stress chaque jour. Qui plus est, 40 % des réclamations pour incapacité au travail sont liées à un problème de santé mentale (source). Enfin, j’ai été surprise de découvrir la quantité de textes sur le sujet, au hasard de recherches, sur le Huffington Post. Ça vaut le détour.

Peace out. Pis toutte.

 

(Source de l’image: Technologia.fr)

6 réflexions sur “L’épuisement professionnel, ou se sentir cassée en mille morceaux

  1. Mes prières t’accompagne. Faire face à un problème de santé mentale n’est facile pour personne. Même ceux qui sont formé pour.

    Ton corps as pris la décision de prendre un break à ta place. Écoute le et prend soin de toi.

  2. Bonjour Véronique, prends bien ton temps pour retrouver tous tes moyens. J’ai toujours gardé une grande confiance en toi.

  3. Peu de gens en parlent avec autant de candeur… et pourtant, c’est si nécessaire. Je ne l’ai pas moi même vécu, mais j’ai certes été aux premières loges pour en voir les effets…
    je pense à toi xx

  4. Le stress. Autant peut-il nous permettre de nous dépasser positivement, autant peut-il être destructif, très destructif. Cette destruction, je l’ai vécu sans jamais lui donner un nom. Je me suis dit que j’étais capable d’y faire face. Vraiment? Je suis dans le domaine des services sociaux, j’aide les gens à mettre des mots sur leurs blessures, à ne pas se juger, je les accompagne… Et moi, j’ai de la difficulté à accepter ce qui s’est passé en moi. Mon discours intérieur me disait; « Ben, voyons, t’es plus forte que ça! Fonce, ne soit pas paresseuse! ». C’est horrible de s’apercevoir à quel point je me suis jugée d’une façon inhumaine. Parce que dans ma famille, ben ça existait pas ce genre d’état. C’était normal de vivre dans un stress perpetuel. Mais c’était un stress de survie; jeune, mon père faisait la file pour apporter de la nourriture à sa mère et sa famille pour se nourrir… Alors là, mon « petit » stress personnel ce n’est « rien » par rapport à tout ça (discours intérieur de jugement). Bref, même si je suis contre tous les préjugés liés à la maladie mentale et au stress chronique, moi, je me suis jugée sévèrement. Coordonnier mal chaussé dit-on?! Maintenant, j’ai encore de la difficulté à changer mes pensées automatiques (elles sont vraiment ancrées), mais je suis moins sévère envers moins et je respecte mieux mes limites. Et je réalise surtout que la FORCE provient de la capacité à prendre conscience et à assumer que notre tête ne suit plus notre corps. Que de se dire que c’est assez!
    Alors, bravo pour ton courage! Le mien à encore du chemin à faire 🙂.

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